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humain et la coopération

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Penser Opinion Reprise d’archive proposée

La liberté ne se délègue pas sans conséquence

Une opinion d’auteur sur les responsabilités que nous confions aux institutions et les moyens de développer notre autonomie individuelle et collective.

Auteur
Michaël Veilleux
Texte d’origine

Une reprise pour les Carnets, proposée à partir des archives de l’auteur.

Un ami a récemment partagé la question suivante :

« Que pouvons-nous faire quand nos gouvernements n'offrent plus assez de valeur pour les impôts payés? »

Voici ma réponse :

Je crois que la réponse à cette question commence bien avant celle des impôts et des services gouvernementaux.

Elle commence par une prise de conscience fondamentale : quelle part de notre liberté, de notre autonomie et de notre responsabilité avons-nous progressivement déléguée aux institutions ?

Historiquement, on a créé des gouvernements pour organiser et administrer les sociétés, mais également pour exercer un contrôle civil : gouverner les territoires et les populations, administrer le patrimoine et les ressources, encadrer le commerce, prélever des impôts et faire respecter un ordre établi.

Il serait naïf d'ignorer cette dimension historique du pouvoir. Les gouvernements n'ont pas uniquement été des instruments de services collectifs, mais aussi des instruments d'autorité et de contrôle.

Au fil du temps, leurs fonctions se sont étendues. Santé, éducation, économie, sécurité, gouvernance, règles de vie commune : une part considérable de notre existence collective s'organise désormais autour de ces institutions.

Comment en sommes-nous arrivés à déléguer autant de responsabilités qui touchent directement notre existence et notre capacité à nous organiser librement ?

Qu'avons-nous cessé d'assumer par nous-mêmes ? Quelles compétences avons-nous laissé s'affaiblir ? Quelles dépendances avons-nous développées, parfois sans même en mesurer les conséquences ?

Car le véritable coût ne se mesure pas uniquement en dollars. Il se mesure aussi en autonomie, en discernement, en responsabilité, en liberté de choix et en capacité d'agir.

Et c'est ici que se trouve, à mon sens, notre plus grand défi : la reprise consciente de notre responsabilité individuelle et collective.

Il faut distinguer deux réalités : la nescience, lorsqu'on ne possède pas une connaissance, et l'ignorance volontaire, lorsqu'on choisit de ne pas chercher à savoir, de ne pas questionner ou de détourner le regard.

Nous sommes tous, à différents degrés, confrontés à ces deux réalités.

Il peut être confortable de déléguer. Confortable de laisser d'autres décider. Confortable de s'en remettre aux institutions pour nous dire comment nous soigner, comment nous instruire, comment organiser nos échanges et comment vivre ensemble.

Mais ce confort peut devenir une dépendance, jusqu'à nous éloigner de notre propre capacité à réfléchir, à choisir et à assumer les conséquences de nos décisions.

Déléguer une responsabilité ne devrait jamais signifier abandonner son discernement ni renoncer à son imputabilité.

Nous avons hérité de structures que nous n'avons pas nécessairement conçues ni choisies. Toutefois, nous participons aujourd'hui à leur fonctionnement, à leur financement et à leur continuité, parfois par conviction, parfois par habitude, mais très souvent par obligation, sous la contrainte et la menace.

Et je pèse mes mots. Lorsqu'un être humain peut perdre sa maison entièrement payée pour défaut de paiement de taxes municipales, ou se voir interdire de circuler sur la voie publique avec son propre véhicule faute de satisfaire aux exigences d'immatriculation, nous sommes devant des mécanismes bien réels de contrainte institutionnelle.

Ces obligations peuvent être légalement établies et assorties de sanctions exécutoires. Mais leur légalité ne répond pas, à elle seule, aux questions de leur légitimité morale, de leur proportionnalité et du consentement des êtres humains concernés.

Car obéir n'est pas nécessairement consentir. Se conformer n'est pas nécessairement adhérer. Et participer à un système ne signifie pas nécessairement l'avoir librement choisi.

Lors des élections, nous reconduisons périodiquement un modèle de représentation dans lequel une part importante des décisions collectives est confiée à un nombre restreint de représentants.

Le problème n'est pas nécessairement la représentation elle-même, mais ce que nous en faisons. Lorsque notre responsabilité démocratique s'arrête au bulletin de vote, nous abandonnons largement à d'autres le soin d'organiser notre existence collective.

La liberté et la responsabilité sont indissociables. On ne peut durablement revendiquer l'une tout en refusant les exigences de l'autre.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Je ne crois pas que la réponse consiste uniquement à demander davantage de comptes, à remplacer un gouvernement par un autre ou à attendre la prochaine élection dans l'espoir qu'une nouvelle équipe corrigera tout.

Il existe une autre voie, pacifique, constructive et stratégique : développer progressivement notre capacité à nous organiser autrement, jusqu'à rendre certaines dépendances institutionnelles de moins en moins nécessaires.

Créer nos propres réseaux de coopération et d'entraide. Développer des initiatives communautaires de prévention et de santé. Favoriser l'éducation autonome, les échanges directs, les circuits économiques locaux, les monnaies complémentaires, les associations volontaires et les modèles de gouvernance fondés sur le consentement, l'honneur, l'intégrité et la responsabilité.

Développer nos propres règles de vivre ensemble, dans le respect des droits fondamentaux et des engagements librement consentis.

Autrement dit, reconstruire notre capacité collective à répondre nous-mêmes à nos besoins, plutôt que de dépendre systématiquement d'organisations centralisées pour y parvenir.

Évidemment, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Certaines fonctions nécessitent des compétences spécialisées, des ressources importantes, une coordination étendue et des garanties de sécurité.

Mais nous pouvons déjà nous demander : qu'avons-nous réellement besoin de déléguer ? Pourquoi ? À qui ? Dans quelles conditions ? Et qu'est-ce qui nous empêche de reprendre certaines de ces responsabilités ?

Plus une communauté développe ses compétences, ses ressources et ses infrastructures, plus elle gagne en autonomie et en capacité de choisir ses propres modes d'organisation.

Il ne s'agit pas nécessairement de combattre les structures existantes, mais de construire des alternatives suffisamment justes, viables et pertinentes pour que certaines de leurs fonctions deviennent progressivement moins indispensables, voire obsolètes.

La véritable transformation ne se limite pas à contester ce qui existe. Elle consiste à créer ce qui pourrait exister autrement.

Mais cela exige une condition préalable : que suffisamment d'êtres humains choisissent de sortir de la dépendance et d'assumer les responsabilités qu'ils souhaitent reprendre.

Une communauté autonome ne se construit pas dans l'attente permanente qu'une autorité décide et agisse à sa place. Elle se construit par la conscience, la compétence, la coopération et l'engagement de ses membres.

C'est ici que le principe fondamental doit reprendre toute sa place :

Aucune construction humaine ne devrait être considérée comme une fin en soi ni comme supérieure aux êtres humains qu'elle est destinée à servir.

Les institutions sont des moyens, jamais des finalités. Lorsqu'elles ne répondent plus adéquatement à leur raison d'être, il nous appartient de les questionner, de les transformer ou de développer d'autres façons de nous organiser.

L'autonomie ne se décrète pas. Elle se construit par la reprise consciente de nos responsabilités.

Alors, au fond, la question n'est peut-être pas seulement de savoir pourquoi nos gouvernements ne nous en donnent plus suffisamment pour nos impôts.

La question est aussi :

Sommes-nous véritablement prêts à reprendre les responsabilités qui accompagnent la liberté et l'autonomie que nous revendiquons ?

Parce que c'est peut-être là que commence toute transformation durable : non pas dans l'attente d'un nouveau pouvoir, mais dans la conscience et l'accomplissement du nôtre.

Bonne réflexion,

— .Ṁ.

Contexte et prolongements

Le texte d’origine est repris avec une correction typographique dans la première phrase.

Cette lecture exprime une réflexion de l’auteur, dans son contexte d’origine. Les textes actuels des projets restent consultables séparément.

Horizon · Structures et institutions

Repères pour les exemples évoqués

Ville de Québec · Vente d’immeubles pour défaut de paiement des taxes Légis Québec · Code de la sécurité routière, immatriculation

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